© NoStress Bruxelles - dernière mise à jour/last update 28/03/2020

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Le Miroir aux Alouettes

Chaque fois que je me rends sur Facebook, je vois des dizaines d'images, tout aussi belles que colorées et toutes porteuses d'un message inspirant ou destiné à faire rêver. En soi, l'idée est bonne, on a envie de partager une petite phrase qui nous a touché, parlé ou inspiré. Evidemment, le but est d'attirer l'attention, je ne suis pas idiote, mais le problème, c'est qu'il y en a tellement qu'on finit par ne plus les voir. En tous cas, moi, je ne les vois plus, elles se fondent dans la masse des autres images. Ce qui est bien dommage car il y a certainement des choses pleines de bon sens mais pour moi, c'est trop de sollicitations visuelles. Donc je zappe.

De la même manière, je vois de plus en plus mes collègues professeurs de yoga illustrer leurs publications de photos d'eux dans des poses aussi diverses que variées. Encore une fois, rien de mal à cela, mais personnellement les images occultent le message qui accompagne la photo. Est-ce volontaire? Est-ce pour suivre une mode ou les conseils de Facebook qui me demande à chaque fois que je publie quelque chose si je souhaite ajouter des images?

Je m'interroge.

J'ai grandi sans internet, avec des livres, des 33 et 45 tours, des cassettes audio et vidéo mais aussi avec la radio. Bien sûr, on avait la télé mais je n 'ai pas été habituée à ce qu'elle soit allumée toute la journée. Au contraire, mes parents m'ont plutôt encouragée à lire, à faire de la musique, à avoir des loisirs créatifs comme les coloriages, la peinture, la broderie ou le crochet. Si, enfant j'aurais parfois apprécié de pouvoir regarder un peu plus de dessins animés, aujourd'hui, je me dis que ce n'était peut être pas plus mal de ne pas avoir toutes ces images qui défilaient en permanence sur ma rétine.

Est-ce que cela pourrait expliquer pourquoi Facebook me fatigue avec toutes ces sollicitations visuelles? On a beau dire qu'un dessin vaut mieux qu'un long discours, moi je me sens plus à l'aise avec les mots. Peut-être que si je savais dessiner, je serais plus sensible aux images?

Je ne sais pas ... j'ai toujours préféré les livres aux bandes dessinées et étudiante, j'ai passé des heures à écouter la radio lors de mes années "Marie Haps" en étudiant alors que la télé ne m'intéressait déjà plus beaucoup. Je crois d'ailleurs que ce sont ces années dans mon petit kot de la rue Van Aa à Ixelles qui m'ont permis de comprendre que l'on pouvait vivre très bien sans télévision puisque je n'ai jamais demandé le raccordement à la télédistribution quand j'ai pris mon premier appartement à 22 ans. J'avais une petit télé mais elle me servait surtout à regarder mes cassettes vidéo .... et honnêtement, ça ne m'a jamais posé de problème, bien au contraire! J'avais un abonnement à la vidéothèque la plus proche et je me louais souvent 3à 5 films pour le week-end à l'époque quand je n'allais pas au cinéma.

Je partais en vacances avec au minimum 5 ou 6 livres et des mots fléchés ... . Il fut un temps où l'on prêtait attention à son orthographe, où l'on prenait le temps d'échanger de l'information.

Mais aujourd'hui, il me semble que l'on accorde plus d'importance aux images qu'aux mots. Pourquoi? N'est-il pas important de laisser toute leur place aux mots? Pourquoi distraire l'attention avec des images? Pourquoi aussi ce besoin de se montrer (de préférence sous son plus beau jour) sur les réseaux sociaux? J'avoue rester perplexe devant cette débauche d'images. Sans parler de ce côté "journal intime" que revêt pur certain(e)s Facebook ou Instagram.

Petite, mes journaux intimes avaient un cadenas et une clé. Aujourd'hui, je ne sais pas s'il est même encore possible de trouver un vrai journal intime de ce type ... .

Personnellement j'ai fait le choix de ne pas publier quotidiennement et surtout de limiter les publications avec photos car si je prends le temps de rédiger un texte, c'est pour qu'on le lise, déjà parce que j'ai peut être quelque chose à dire, mais surtout parce qu'on ne prend plus le temps de rien de nos jours, A peine de se parler, de s'écouter. Les dialogues de sourds qui dégénèrent en querelles intestines pour une virgule mal placée, une faute d'orthographe ou parce qu'on est tellement pressé de répondre qu'on ne fait pas attention à la forme.

Et si nous (ré)apprenions à prendre le temps?

Et si au lieu de chercher à aller toujours plus vite, on essayait plutôt de ralentir?

Et ai au lieu de tomber dans le piège du miroir aux alouettes qui ne te dira jamais que tu es la plus belle (ou le plus beau), on (ré)apprenait à être vrai, à être soi, à cultiver nos valeurs ?

Et si au lieu de faire sans cesse croître le nombre de serveurs qui hébergent toutes ces images que l'on poste systématiquement pour rendre nos publications plus "attrayantes" et qui bouffent plus d'électricité en un jour qu'une petite famille en un an, on regardait à l'intérieur pour voir ce qu'on peut y trouver (et au passage revenir à des choses plus simples)?